Découpage d'un texte biblique
Parce que le temps nous fixe des limites, nous sommes contraints de lire la Bible par extraits. Mais comment fixer le découpage du texte à lire ? Un travail à mener entre liberté et responsabilité.
Tout passage biblique est un extrait
- Lire un texte de la Bible, c’est toujours lire un extrait, extrait d’un passage plus long avec lequel il a des liens plus ou moins forts, passage qui est lui-même extrait d’un livre biblique, lequel livre appartient à l’Ancien ou au Nouveau Testament, qui constitue chacun une partie de la Bible chrétienne. A l’époque des rouleaux, des manuscrits et des premières bibles imprimées, le texte biblique en son entier était un long texte continu sans interruption du début à la fin.
- Avec l’apparition des synagogues sous leur forme institutionnalisée (sans doute vers le 2ème siècle avant J.-C.) et l’usage de la lecture publique, l’Ancien Testament a été divisé en sections de lectures hebdomadaires permettant de lire tout le texte sur un an ou trois ans. Les communautés chrétiennes eurent assez vite des lectionnaires, listes de lecture ou compilations de passages bibliques utilisés surtout dans la liturgie. De là viennent les listes de lectures et le découpage traditionnel de certains passages bibliques. La division en chapitres date de plus tard, entre le 11ème et le 13ème siècles. Celle en versets a été fixée définitivement avec les bibles imprimées au 16ème siècle. Ensuite, plus récemment encore, les éditeurs ont ajouté des titres à des unités plus ou moins longues. Il est important de se rappeler et de dire ou de rappeler aux membres des groupes bibliques que ce péritexte (ce qui est autour du texte) n’est pas « d’origine ». Il est le fait des éditeurs. On peut ainsi observer que les titres varient d’une édition de la Bible à l’autre et que les découpages ne sont pas toujours les mêmes.
Comment extraire un passage ou quel découpage établir ?
- Il découle de ce rapide historique que l’animateur/trice biblique et les groupes bibliques ont une certaine liberté et une responsabilité certaine dans le choix du découpage du ou des passages que le groupe va lire ensemble. Liberté par rapport aux découpages des bibles, responsabilité car le texte ne permet pas de faire n’importe quoi : par ex. on ne peut pas couper un récit qui débute par un conflit avant la résolution de ce conflit si le texte en propose une, on ne peut pas couper un raisonnement, une démonstration qui ne sont pas parvenus à leurs terme.
- Le début possible d’un extrait narratif (récit) est souvent indiqué par ce qu’on appelle un “marqueur” : un/des nouveau/x personnage/s entrent en scène (« Des pharisiens et des scribes arrivent de Jérusalem »), le lieu ou la temporalité changent (« Il entra dans une synagogue » ; « Quelques jours après ») une nouvelle situation apparaît (« Lorsque Samuel devint vieux, il… »). La fin de l’extrait est délimitée par le début de l’extrait suivant.
- Dans le cas d’un texte argumentatif, d’un discours, le choix de l’extrait est plus difficile. Il faut veiller à la cohérence thématique, à la cohérence du raisonnement et donc lire attentivement un passage relativement long avant de décider. C’est le cas pour des parties importantes du discours de Moïse dans le Deutéronome comme pour la majorité des lettres du Nouveau Testament. La délimitation doit se faire en priorité à partir d’un changement de thème. Les critères de changement de genre littéraire, de style (autre manière de communiquer) sont des critères qui lui sont subordonnés.
Il y a souvent plusieurs découpages possibles
- Le texte lui-même peut en donner la possibilité. Il y a en effet des versets de transition qui viennent clore un passage tout en introduisant le passage suivant (par ex. Marc 7,31 ; Galates 1,11-12…). On peut inclure ces versets dans l’un et/ou l’autre passage. En général il vaut mieux les inclure.
- On peut choisir un extrait court ou un extrait plus long qui ont chacun leur cohérence en fonction de la situation d’animation (demande du groupe ; temps disponible, etc.). Quelques exemples : On peut lire le récit de « la guérison de Naaman » en 2 Rois 5 en y incluant ou non les v.19b-27. Le v.20 introduit un nouveau personnage et une nouvelle situation, mais il met en scène deux personnages présents dans les v.1-19 (Naaman et Elie). Il faut apprécier avec une certaine souplesse les critères fournis plus haut ! Si on inclut le récit concernant Guéhazi, cela ajoute – par contraste- un élément au thème de l’étranger (il peut y avoir un ‘bon’ étranger et un “mauvais” Israélite). Par contre on ne peut pas lire 2 Rois 5,20-27 sans avoir lu le début du chapitre !
Dans la lettre aux Galates, 1,13 - 2,14 est un récit autobiographique de Paul ; 2,15-21 argumente à partir de ce récit ; 3,1 passe à l’interpellation directe des destinataires de la lettre et à leur propre vécu ; 3,6s argumente à partir de ces interpellations. On peut choisir de lire de grands extraits (1,11- 2,14 ; 3,1-29), en délimitant des parties à l’intérieur, ou de lire des extraits plus courts (par ex. 2,15-21 ; 3, 6-29). Le choix dépendra du parcours dans lequel cette lecture s’insère. Il n’est jamais anodin.
De nous à vous
Il existe souvent une marge d’appréciation dans le découpage d’un texte. Les “marqueurs” des débuts d’un récit que nous avons mentionnés plus haut indiquent parfois des sous - parties de l’histoire racontée : il faut être attentif à la cohérence du texte en n’interrompant pas une intrigue par exemple. De même dans un texte argumentatif les changements de genres littéraires ou de style peuvent délimiter un nouveau passage mais aussi une nouvelle étape dans une argumentation qu’il faut lire jusqu’à sa conclusion.