Appropriation, actualisation
S’approprier un texte et actualiser un texte, est-ce la même chose ?
Comment mener à bien l’une et l’autre de ces démarches ?
Appropriation et actualisation
S’approprier un texte,
- c’est le faire sien, reconnaître en quoi il nous concerne, ce qu’il a à nous dire.
- C’est établir un dialogue entre lui et la vie personnelle de chacun, entre lui et le groupe dans son ensemble.
- Attention : s’approprier peut devenir, au sens propre du verbe, devenir propriétaire, se rendre maître du texte lu, de son sens… et finalement n’y trouver que soi-même et/ou un discours préétabli.
Actualiser un texte,
- c’est y reconnaître des paroles ou des valeurs qui font sens pour notre présent et les exprimer, à la fois dans notre langage et dans notre contexte.
- Il y a dans la Bible elle-même des actualisations successives autour d’un événement, d’un personnage, d’un thème.
Un détour nécessaire
Aller trop vite comporte des risques
Lorsqu’un groupe-lecteur ou un individu veut actualiser ou s’approprier un texte, sans avoir pris le temps de le lire attentivement, il en résulte un certain nombre de problèmes :
- des difficultés à comprendre des textes totalement étrangers culturellement,
- du trouble, voire des crispations devant les textes où la relation avec Dieu et avec les autres ne va pas de soi (par exemple la parabole de l’économe infidèle ou certains psaumes de vengeance), des déstabilisations ou même un rejet quand ceux-ci nous prennent à contre-pied en évoquant un Dieu qui ne correspond pas à l’image que nous en avons.
- des distorsions de lecture, car tous les textes bibliques n’ont pas la même visée. Certains ont le propos d’enseigner, d’autres celui de faire réfléchir, d’interpeller, quelquefois même de déstabiliser les lecteurs pour les faire changer, d’autres celui d’affronter l’absence de Dieu.
Prendre le temps favorise le cheminement
- L’animateur/trice doit aider le groupe à faire le détour par une lecture attentive préalable.
- Se faisant, il permet un questionnement réciproque entre le texte et le groupe, entre le texte et chaque lecteur.
- Tous peuvent découvrir alors des analogies éventuelles entre le texte et leur situation propre, mais aussi des différences.
- Dans ce jeu de similitudes et d’écarts, ils apprennent ainsi à se reconnaître dans tel ou tel comportement, en tant que communauté ou en tant qu’individu, à se comprendre, à se mettre en question, à changer ou au contraire à être confortés.
Un travail dans la durée
- Prendre le temps de lire un texte lui donne la possibilité d’habiter un peu plus notre mémoire.
- Celui-ci peut alors mûrir en nous, faire son propre chemin.
- C’est parfois de façon inattendue, longtemps après sa lecture, qu’il entre dans l’actualité de nos vies. C'est petit à petit qu'il devient une part du bien propre qui nous construit et qui nous anime.
- Pour favoriser ce cheminement dans le cadre d'une série, il peut être important que l’animateur/trice ait le souci de proposer de temps à autre de revenir en arrière sur les textes qui ont été lus : quelle/s trace/s ont-ils laissée/s en nous ?
Concrètement
- Dans un groupe, le dialogue entre le texte et la réalité des lecteurs peut se faire naturellement, en cours de lecture. Il est inutile alors de prévoir un temps particulier.
- Mais il peut se produire, pour de multiples raisons, que ce dialogue soit difficile, ou même bloqué. Il est important que l’animateur/trice prenne du temps pour y réfléchir, soit seul, soit avec le groupe, de façon à trouver ce qui aidera les uns et les autres à entrer dans ce dialogue.
- Une animation particulière peut être proposée soit en tout début de rencontre, soit au cours de la rencontre, soit après le temps de lecture.
De nous à vous
- Il est important que l'animateur/trice aide les participants à s’exprimer en « je » et non en « on ». Cela laisse la liberté à chacun d’actualiser ce qu’il entend ou de se l’approprier, sans forcer les autres à adopter son point de vue. Cela favorise le dialogue.
- L'animateur/trice favorise l’expression de paroles très personnelles comme de paroles communautaires. Les textes bibliques touchent toujours ces deux dimensions.
- Il peut arriver qu’un texte rejoigne difficilement l’actualité de tel ou tel membre du groupe, ou du groupe lui-même. L’animateur/trice veille à ce que cela soit dit et respecté.