Appropriation, actualisation
S’approprier un texte et actualiser un texte, est-ce la même chose ?
Comment mener à bien l’une et l’autre de ces démarches ?
Appropriation et actualisation
S’approprier un texte
- C’est le faire sien, reconnaître en quoi il nous concerne, ce qu’il a à nous dire.
- C’est établir un dialogue entre lui et la vie personnelle de chacun, entre lui et le groupe dans son ensemble.
- Attention : s’approprier peut devenir, au sens propre du verbe, devenir propriétaire, se rendre maître du texte lu, de son sens et finalement n’y trouver que soi-même et/ou un discours préétabli.
Actualiser un texte
- C’est y reconnaître des paroles ou des valeurs qui font sens pour notre présent et les exprimer, à la fois dans notre langage et en fonction de notre contexte.
- La Bible elle-même propose des actualisations successives autour d’un événement, d’un personnage, d’un thème.
Un détour nécessaire
Aller trop vite comporte des risques
En effet, aller trop vite à l’actualisation ou à l’appropriation ne permet pas de laisser parler le texte, de se laisser toucher par ce dont il parle, de le laisser résonner. Or, lire des textes bibliques peut amener à être confronté à :
- Des difficultés à comprendre des textes totalement étrangers culturellement.
- Du trouble, voire des crispations devant les textes où la relation avec Dieu et avec les autres ne va pas de soi (ex. la parabole du gérant malhonnête en Luc 16 ou certains Psaumes de vengeance), des déstabilisations ou même un rejet quand les textes nous prennent à contre-pied en évoquant un Dieu qui ne correspond pas à l’image que nous en avons.
- Des distorsions de lecture, car tous les textes bibliques n’ont pas la même visée ; certains ont le propos d’enseigner, d’autres celui de faire réfléchir, d’interpeller, quelquefois même de déstabiliser les lecteurs pour les faire changer, d’autres celui d’affronter l’absence de Dieu. Aussi, pour ne pas « manquer » la rencontre avec un texte, une lecture attentive et patiente (au moyen d’une visite guidée par exemple), est indispensable.
Prendre le temps favorise le cheminement
- L’animateur/trice a, entre autres missions, celle d’aider le groupe à faire le détour par une lecture attentive préalable.
- Ce faisant, il permet un questionnement réciproque entre le texte et le groupe, entre le texte et chaque lecteur.
- Les lecteurs peuvent découvrir alors des analogies éventuelles entre le texte et leur situation propre, mais aussi des différences.
- Dans ce jeu de similitudes et d’écarts, ils apprennent ainsi à se reconnaître dans tel ou tel comportement, en tant que communauté ou en tant qu’individu, à se comprendre, à se mettre en question, à changer ou au contraire à être confortés.
Un travail dans la durée
- Prendre le temps de lire un texte lui donne la possibilité d’habiter un peu plus notre mémoire.
- Il peut alors mûrir en nous, faire son propre chemin.
- C’est parfois de façon inattendue, longtemps après sa lecture, qu’il entre dans l’actualité de nos vies, qu’il nous construit petit à petit et nous anime.
- Pour favoriser ce cheminement dans le cadre d’une série, il peut être important que l’animateur/trice ait le souci de proposer de temps à autre de revenir en arrière sur les textes qui ont été lus et de s’interroger : quelles traces ont-ils laissées en nous ?
Concrètement
- Dans un groupe, le dialogue entre le texte et la réalité des lecteurs peut se faire naturellement, en cours de lecture. Il est inutile alors de prévoir un temps dédié à ce dialogue.
- Mais il peut arriver, pour de multiples raisons, que ce dialogue et l’actualisation ou l’appropriation soient difficiles ou même bloqués. Il est important que l’animateur/trice prenne du temps pour y réfléchir, soit seul, soit avec le groupe, de façon à trouver ce qui aidera les uns et les autres à entrer dans cette démarche.
- Une animation particulière peut être proposée soit en tout début de séance soit au cours de celle-ci, soit par exemple, après la visité guidée du texte biblique.
De nous à vous
- Il est important que l'animateur/trice aide les participants à s’exprimer en « je » et non en « on ». Cela laisse la liberté à chacun d’actualiser ce qu’il entend ou de se l’approprier, sans forcer les autres à adopter son point de vue. Cela favorise le dialogue.
- L’animateur/trice veille à favoriser l’expression de paroles très personnelles comme de paroles communautaires. Les textes bibliques touchent toujours ces deux dimensions.
- Il peut arriver qu’un texte rejoigne difficilement l’actualité de tel ou tel membre du groupe, ou du groupe lui-même. L’animateur/trice veille à ce que cette situation soit nommée et invite à ce qu’elle soit respectée.